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Thread: L'information, zone de conflit et risque stratégique majeur

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    Post L'information, zone de conflit et risque stratégique majeur

    La guerre de l'information est un de ces thèmes dont tout le monde parle mais qui semble-t-il ne se concrétise jamais. Depuis le dernier rapport sur la politique de sécurité en 1999, de nombreux événements ont pourtant eu lieu qui démontrent que l'information est un élément devant être pris très au sérieux en matière de politique de sécurité.

    Dans cet article, on va tenter de trouver le fil conducteur à partir de faits, à priori disparates, qui se sont déroulés depuis 2001 et qui l'attestent. On va montrer ensuite à quoi ressemble cette menace, quels sont ses acteurs, leurs motifs et les outils dont ils disposent pour attenter à la sécurité de la Suisse.

    Afin de cerner quelque peu cet immense domaine, une typologie est prés entée qui devrait, idéalement, constituer un dénominateur commun sur le sujet pour les discussions accompagnant la révision de notre politique de sécurité. Les conséquences de cette analyse sont ensuite résumées sous la forme de re¬commandations.

    L'article se termine sur la question «Êtes-vous prêt à endosser la responsabilité si ça tourne mal?» et son fil rouge est constitué des citations ci-dessous qui résument à elles seules tout ce qu'il faut savoir sur la question.


    Author: Gérald Vernez
    Publication: Military Power Revue Nr. 1 / 2009
    Géologue et météorologue. Colonel EMG, chef d'état-major d'une brigade. A rejoint en 1996 le domaine des opérations au commandement de l'armée. Il s'est spécialisé dans la conduite et les opérations d'information. Il accomplit actuellement le MAS ETH Security Policy Crisis Management. Adresse: Etat-major de conduite de l'armée, Papiermûhlestrasse 20, 3003 Berne. E-mail: gerald.vernez@vtg.admin.ch Copyright 2008 G. Vernez. All rights reserved.Source-pdf: http://www.isn.ethz.ch/isn/Current-A...ng=en&id=98482
    Introduction
    Depuis 1999, nous vivons au rythme du rapport de politique de sécurité 2000. Sa publication a entraîné de profondes transformations de notre appareil sécuritaire, mais notre esprit de défense est resté conventionnel, ce qui a engendré des lacunes.
    L'une de celles-ci est l'environnement informationnel et le but de cet article est d'apporter une vision d'ensemble sur ce domaine resté un parent pauvre de la sécurité.

    Les environnements opérationnels

    Lorsque l'on demande à un soldat, un policier, ou un chauffeur routier de mentionner dans quels environnements il se réfère à son quotidien et sa réponse est souvent «le sol et l'air». Pourtant, d'un point de vue global, cette subdivision est incomplète.

    D’abord le terme «mer» manque à l’appel. La piraterie au large de la Somalie, l’aide lors du Tsunami, l’évacuation de nos concitoyens
    du Liban en guerre, ou notre politique d’approvisionnement en cas de crise désignent pourtant l’éspace maritime comme un environnement[1] clé.

    Ensuite, c’est le terme «information» qui fait défaut. Sans elle, nous ne pouvons ni appréhender la situation, ni planifier, ni diriger
    nos actions. Sans information les autres moyens sont donc inertes et inutiles.

    l’environnement informationnel comprend trois parties:

    – la dimension sémantique: c’est le monde des perceptions, de la signification et de la connaissance;
    – la dimension technologique, divisée en cybernétique[2] (informatique)
    --et électromagnétique[3] (éther).

    Ces environnements ne sont pas invariables et il convient de considérer les facteurs d’influence qui les modifient et qui ainsi créent ou éliminent des options pour la politique de sécurité.

    Toute action dépend de la maîtrise de l’ensemble de ces environnements en fonction des facteurs d’influence. Leur importance est telle qu’il ne viendrait à l’idée d’aucun stratège de prétendre que la protection de la nation ou une attaque couronnée de succès soient possibles sans maîtrise du ciel. En quoi cela serait-il concevable sans maîtrise de l’information?

    Les conflits du Proche-Orient, de l’Afghanistan et de l’Iraq nous donnent la réponse. Ils nous montrent en effet que si la force sert à gagner la maîtrise des environnements air, sol et mer, le manque de maîtrise[4] de l’environnement informationnel rend toute victoire stratégique impossible. Les conflits ne trouvent alors pas d’épilogue.

    Peu de généraux ont, mieux que Sir Rupert Smith[5], expliqué à quel point l’information est au coeur de la victoire. Il le résume
    d’ailleurs parfaitement par sa formule: Capability = Means x Ways2 x 3 Will.

    On constate au quotidien, que nos réflexions capacitaires ont une fâcheuse tendance à se limiter à la question des moyens.
    Smith nous suggère ici de nous pencher sur l’art de réaliser les choses (way) et sur les perceptions (will). Nous serions inspirés de suivre les conseils de ce grand soldat.

    L’environnement informationnel
    Dans la littérature traitant de l’information dans les conflits, le vocabulaire est variable et peu précis. Les expressions de cyber-guerre et de guerre de l’information induisent une approche militaire, informatique, ou guerrière, inadéquats pour les besoins de notre approche stratégique. En effet, ils occultent la complexité de la question et conduisent à des exagérations ou à des omissions. Pour corriger ce biais et répondre à nos besoins, on utilisera donc les expressions suivantes:

    – Environnement informationnel: cette expression couvre tous les aspects techniques (vecteurs et contenants) et sémantiques (contenus et perceptions) de l’information; les termes sphère ou domaine ont été écartés, car ils suggèrent à tort l’existence de limites.

    – Menaces dans l’environnement informationnel: cette expression couvre tous les potentiels, intentions, organisations et acteurs susceptibles de s’en prendre à notre environnement informationnel.

    – Conflits dans l’environnement informationnel: cette expression couvre toutes les activités conflictuelles dans, par et avec l’information.

    S’agissant de l’information elle-même, précisons qu’elle n’est pas le but ultime, mais uniquement un moyen sur le chemin de la finalité. A travers l’information, on vise les savoirs, les perceptions, les actions qu’elle permet, les systèmes qui la contiennent, la transportent et la modifient.
    Sans contenu informationnel, le meilleur muscle reste immobile et n’effectue pas le mouvement prévu par le cerveau.

    Ceci peut avoir plusieurs causes: l’ordre n’a pas été généré (le processus décisionnel a été perturbé) ou n’est pas parvenu au muscle (la transmission est perturbée); mais il peut aussi avoir été corrompu en chemin (manipulation, déception), ce qui peut engendrer un mouvement et des conséquences involontaires.

    Pour une machine comme pour un homme, cela peut aller jusqu’à son autodestruction. Pour un pilote de combat, il risque de détruire des objets non ciblés. Et cela s’applique aussi au chauffeur routier qui reçoit des informations falsifiées sur son téléphone mobile et livre des biens au mauvais endroit. Dans tous ces exemples, la finalité n’est pas l’information mais l’action qui en dépend: saboter une machine, manipuler une personne, faire manquer sa cible au pilote, faire perdre un client au camionneur.

    Faisons «la peau» à l’asymétrie

    Au travers de la formule du général Smith, on comprend que la capacité à vaincre est avant tout une affaire d’intelligence (way) et de courage (will). Cela signifie que l’on attend du combattant qu’il trouve des manières originales pour vaincre son ennemi, même si ce dernier est plus fort. Faire la guerre n’est pas une activité de gentlemen. C’est sale et violent. Faire la guerre c’est vaincre l’ennemi par tous les moyens, par toutes les ruses, le plus vite possible, avec le moins de pertes et le plus de profit possible (tactique, politique, mais aussi économique quand il s’agit de piller les greniers de l’ennemi).

    Bien sûr qu’il faut, comme le dit le général Dufour «sortir de cette lutte non seulement victorieux, mais aussi sans reproche». C’est pourquoi notre monde a établi des règles pour moraliser la guerre. Que nous les observions est tout à notre honneur et nous le ferons, mais s’attendre à ce que notre ennemi fasse de même et tout miser là-dessus relève de la naïveté coupable. C’est pour indiquer que l’adversaire ne se tient pas à nos règles, que l’on a inventé le terme d’asymétrie, concept fourre-tout bien pratique qui a surtout permis, notamment aux américains, de vendre au monde la guerre contre le terrorisme.

    Tout ce qui n’est pas conforme à notre normalité se retrouve taxé d’asymétrie, …
    Last edited by Etienne; 21-10-10 at 08:15 PM.

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