[Complexité, système autopoiétique. Ingénierie sociale : faire disparaître le réel par saturation cognitive, modeler la pensée en agissant sur ses représentations mentales] Complexité : jalons pour une définition (Jean-Claude Sallaberry) [Cet article constitue une mise à jour d’un travail sur la complexité qui se précise, se complète peu à peu (1999, 2003 2018b notamment). L’une des idées de base étant que la modélisation du fonctionnement d’une société par le schéma en trois moments (théorie de l’institution), à condition de boucler le troisième moment sur le premier, décrit une dynamique de système autopoiétique(cf. Varela). Dès lors, les boucles autopoiétiques étranges proposées par Varela peuvent être adaptées à la modélisation d’une société, enrichissant la reprise du co-engendrement des éléments et de la forme (Barel et Castoriadis) — caractéristique, d’après ce dernier, de la complexité. Traditionnellement, en Sciences physiques, on procède à la caractérisation d’une grandeur avant d’énoncer sa définition (on affine les bords de la notion avant de la porter au concept). Nous commencerons donc par rappeler le travail de caractérisation opéré par Le Moigne et par Morin. Nous rappellerons ensuite les propositions de Nicolis et Prigogine, puis de Castoriadis. Nous poursuivrons avec l’intervention des boucles autopoiétiques étranges. Pour la discussions, nous aborderons enfin la question du lien invariant-concept (Vergnaud) au sujet de la complexité.]
Une décision collective qui n‘engage pas ceux qui la prennent est-elle une vraie décision ?
2.2. Le cas d’un système sociétal
2.1. Le cas d’un système physique - complexité et imprévisibilité (la complexité comme bifurcation sur la courbe représentative du système)
2.2.1. Fonctionnement d’une règle (modélisation institutionnelle de l'articulation individuel-collectif).
2.2.2. Application à l’institution, à la langue
2.4. Complexité et co-engendrement éléments-forme (co-engendrement ou co-émergence éléments-forme comme critère de la complexité)
Complexité : jalons pour une définition (Jean-Claude Sallaberry) [Cet article constitue une mise à jour d’un travail sur la complexité… : https://www.openscience.fr/Complexit...une-definition
La dissimulation dans la guerre cognitive : entre saturation, invisibilisation stratégique et ruse systémique (Arnaud de Morgny): La guerre cognitive se caractérise par une volonté de modeler la pensée de l’adversaire en agissant sur ses représentations mentales. Dans ce contexte, la dissimulation ne constitue pas un simple outil annexe, mais bien une modalité structurante de l’action cognitive. En intervenant à chaque étape de la chaîne cognitive - de la donnée à la connaissance - elle permet à l’agresseur de rester invisible tout en influençant durablement les processus mentaux de la cible. Cet article explore les différents mécanismes de dissimulation cognitive, en s’appuyant sur une approche systémique : saturation informationnelle, invisibilisation du stratège, usage de tiers médiateurs, ruses inspirées de la mètis grecque ou doctrines contemporaines comme la maskirovka. L’étude propose une modélisation des effets de la dissimulation sur la perception et l’action stratégique, et en souligne les implications éthiques, doctrinales et politiques.
3. Saturation et défaite cognitives. La saturation cognitive est une méthode contemporaine privilégiée de dissimulation. Elle repose sur un paradoxe stratégique [LEW 23] : l’excès d’information entraîne une perte de sens. Ainsi la saturation est une surabondance qui vise à créer un manque : celui de capacité d’attention, de mise en cohérence, et de détection de la manipulation. Dans les environnements informationnels modernes, la guerre cognitive n’a plus besoin de cacher : elle noie. La prolifération algorithmique [CAR 14], les récits multiples, les signaux contradictoires empêchent l’activation du doute. Elle est d’autan plus efficace que le sujet considéré est complexe et qu’existe un biais d’ambiguïté [ELL 01]. Une étape supplémentaire est franchie avec la notion de « défaite cognitive ». Elle décrit l’état d’un individu ou d’un collectif n’ayant pas conscience d’avoir perdu la maîtrise de ses raisonnements. Cela renforce l’idée selon laquelle l’objectif de la guerre cognitive n’est pas tant de convaincre que de désarmer mentalement un adversaire ou une cible.
7. Faire disparaître le réel : l’endiguement cognitif ou l’instrumentation de l’infiguration. Le terme « infiguration » désigne un état ou un processus dans lequel un contenu échappe à la figuration, c’est-à-dire à la mise en forme, à la représentation symbolique ou à la nomination. Elle s’oppose donc à la « figuration », au sens où une idée, une émotion, une force, un désir ou un concept ne parviennent pas à se stabiliser dans une forme sémiotique reconnaissable. En sciences cognitives critiques, ce terme peut désigner une forme de résistance à la modélisation mentale, liée à des phénomènes non discursifs (affects, inconscient, intuition). Il est alors possible une fois ce processus identifié de l’utiliser afin de rendre plus difficile l’accès à la compréhension de la totalité du réel par certaines cibles. Cette instrumentation est ce que nous nommons « endiguement cognitif » [MOR 24]. Il s’agit de la négation d’un sujet, d’un concept, la volonté de faire disparaître une notion, un aspect de la réalité. Ce résultat peut être obtenu soit par une absence de référence volontaire dans le discours – à l’instar de la « technique de l’oreiller » dans le jargon médiatique qui consiste à étouffer un sujet en ne le traitant pas comme information - soit par une négation de sa pertinence par des techniques de dénigrement (ironie systématique, attaque en complotisme, comme technique discursive et non comme réalité).
Dans un monde regorgeant, voire engorgé d’informations, la dissimulation n’est plus un acte ponctuel : elle est une architecture stratégique. Elle ne vise plus seulement à cacher un contenu, mais à organiser l’invisibilité de la manipulation elle-même. Par saturation, par redondance, par délégation, elle efface le conflit tout en conduisant ses effets. La guerre cognitive opère alors non seulement sur l’ennemi ciblé, mais aussi sur les citoyens, les institutions, les perceptions collectives. Elle engage une éthique de la vigilance et une politique de la lucidité. Dans ce contexte, il est impératif de penser une « contre-dissimulation » : rendre visible l’invisible, désocculter l’occulte, modéliser l’indétectable, et former à la reconnaissance des dynamiques de brouillage cognitif.
La dissimulation dans la guerre cognitive : entre saturation, invisibilisation stratégique et ruse systémique (Arnaud de Morgny) : https://www.openscience.fr/La-dissim...visibilisation
Cognition individuelle et cognition collective (Jean-Claude Sallaberry) [Cognition individuelle et cognition collective doivent être pensées ensemble, dans l’articulation du niveau logique individuel et du niveau logique collectif.] : https://www.openscience.fr/Cognition...ion-collective
[Bernard Claverie] La revue « Ingénierie Cognitique » s’est donné pour mission de publier les textes scientifiques, technologiques, épistémologiques et philosophiques concernant les technologies et méthodes cognitives, c’est-à-dire celles utilisées pour connaître la cognition humaine, mais également les conséquences de sa mise en oeuvre et les moyens de l’action que l’on peut avoir sur elle. Vol 7 - N° Spé : Guerre cognitive - Ingénierie cognitique : https://www.openscience.fr/Numero-1-783
Guerre Cognitive : avant-propos au numéro spécial (Mathieu Valette, Christian Harbulot, Antoine Hardouin) [ Ce numéro spécial de la revue rassemble un ensemble de textes composés par les chercheurs de deux collectifs français impliqués d’une part, dans un programme de recherche polémologique GECKO (Laboratoire de conception pour la guerre cognitive) et d’autre part dans un réseau consacré à l’action cognitive conflictuelle, CIVIL. Les textes sont publiés sous la responsabilité de leurs auteurs et visent à donner une base de réflexion thématique à la poursuite de certains travaux initiaux francophones sur le sujet de la « guerre cognitive ». ] : https://www.openscience.fr/Guerre-Co...numero-special
Guerre cognitive, culture et récit national (Mathieu Valette) [Cet article pose les éléments d’une problématisation de la guerre cognitive d’un point de vue sémiotique. On y propose un quadrillage phénoménologique de la guerre cognitive en termes de cibles et d’attaques puis une discussion sur les créations symboliques et culturelles comme porteuses d’une autorité, d’une légalité qui fait société. On s’intéressera au récit national comme création symbolique nécessaire au vivre ensemble, susceptible d’attaques hostiles mais pièce maitresse d’une défense cognitive à inventer. Il évoquera enfin la question du numérique qui constitue une faille intrinsèque au système de « défense culturelle » des démocraties.] : https://www.openscience.fr/Guerre-co...recit-national
La légitimité civile de la guerre cognitive (Christian Harbulot) [Cet article aborde la problématique de la culture civile de la guerre cognitive qui est très rarement prise en compte. En effet en dehors de la confrontation militaire, on peut considérer ici trois autres types de confrontation. La confrontation idéologique et culturelle, à savoir les moyens cognitifs utilisés pour déstabiliser ou chercher un système d’idéologie dominante. La confrontation géo-économique, toutes les manoeuvres informationnelles liées à la guerre économique. La confrontation sociétale, intrusions des acteurs de la société civile dans les problèmes économiques. Les acteurs de ces problématiques sont issus du monde civil et non du monde militaire.] : https://www.openscience.fr/La-legiti...erre-cognitive
Guerre cognitive et stratégies d’influence dans l’Union européenne (Nicolas Ravailhe) [Les guerres cognitives et informationnelles sont redoutées dans l’Union européenne (UE). L’Europe tente de se protéger contre l’influence étrangère qui porte atteinte à ses valeurs et à ses intérêts économiques. Le Parlement européen a appelé à des réponses face aux attaques cognitives à caractère civil contre l’ensemble de la société. Toutefois, les parties prenantes des processus décisionnels européens pratiquent aussi la guerre cognitive. Ils utilisent une terminologie moins provocatrice sur la scène européenne très politiquement correcte. Ainsi, l’influence de réputation ou le lobbying stratégique permettent de créer des référentiels de pensée qui sécurisent leurs intérêts dans l’UE. Cet article, à l’appui d’exemples concrets, identifie la perception de la guerre cognitive dans l’UE et la manière de la pratiquer pour façonner la conception des décisions européennes.]
5. Maîtriser le champ de l’expertise. Dans l‟UE, la guerre cognitive vise surtout à convaincre des décideurs, des élus, des fonctionnaires et leurs environnements. La communication de masse est peu effective. Tout au plus, est-elle instrumentalisée en prenant les citoyens européens à témoin. La production et l‟exploitation de champs d‟expertise sont à la base de toute guerre cognitive « made in UE ». Les institutions européennes se sont dotées d‟outils en ce sens, le Centre commun de recherche sous l‟autorité de la Commission européenne ou l‟EPRS (European Parlementary Research Service) du Parlement. Le Parlement européen a également créé un think-tank.
Cette expertise est généralement sous-traitée. La légitimité des experts est donc un enjeu. Ainsi, l‟UE revendique la dénomination « d‟experts indépendants ». Un concept souvent décrié, chaque expert ayant souvent des liens et des convictions très établis. Mais une publication signée, labellisée par les institutions européennes, fera autorité. Elle sera souvent précédée de réunions de travail, colloques... permettant une grande porosité d‟influence avec les décideurs institutionnels. BlackRock l‟aura parfaitement compris. En gagnant un marché d‟expertise dans le domaine de la finance et de la transition écologique, cette entreprise américaine n‟attend pas de gagner de l‟argent avec les montants prévus dans le contrat conclu avec l‟UE. Plusieurs parlementaires européens se sont émus de cette attribution de marché au motif que Blackrock était en conflit d‟intérêts pour conseiller la Commission européenne dans ses orientations. Avec une soumission en proposant un prix inférieur de trente pour-cent à celui des concurrents, des députés européens ont suspecté une modération de tarifs afin d„augmenter des chances de gagner l‟appel d‟offres. Dans la guerre cognitive, plus on agit en proximité des décideurs, plus on a de chance de façonner l‟expertise européenne afin de servir des intérêts privés [WEB 10] [7. Réaction de la France] Pour les Français en Europe, la guerre cognitive revêt surtout une dimension culturelle. Elle participe, par exemple, d‟une crainte de voir la puissance de l‟industrie culturelle américaine formater les esprits. Guerre cognitive et stratégies d’influence dans l’Union européenne(Nicolas Ravailhe) : https://www.openscience.fr/Guerre-co...ion-europeenne
Recours aux concepts et techniques de la guerre cognitive dans le champ politique français (Arnaud de Morgny)[En démocratie représentative, l’accès au pouvoir se fait au moyen d’élections. Ainsi les acteurs dans le champ politique, par les modes discursifs qu’ils utilisent, ont recours aux techniques de la guerre cognitive afin de façonner les représentations et les perceptions de l’opinion publique et de sa composante électrice. Il s’agit d’obtenir une supériorité cognitive sur leurs adversaires dans l’esprit du corps électoral. Nous débroussaillerons le recours aux concepts et techniques de la guerre cognitive dans le champ politique français dans ses aspects rhétoriques et idéologiques comme outils de supériorité cognitives. Nous analyserons la recherche de l’hégémonie culturelle comme poursuite d’un encerclement cognitif de masse.] : https://www.openscience.fr/Recours-a...-dans-le-champ
Guerre cognitive et influence psychologique (Bernard Claverie, Jean-François Trinquecoste) L’influence cognitive orientée consiste, notamment pour ce qui est du domaine de la guerre cognitive, à altérer, modifier ou empêcher le déroulement autonome de la pensée d’une cible humaine. Ces interventions peuvent avoir des conséquences durables sur les personnes ciblées, voire définitives. Plusieurs méthodes sont utilisées dont certaines relèvent de la psychologie ou de la médecine, ce qui pose évidemment le problème de l’éthique de telles pratiques dans un exercice illégal de professions protégées. L’influence orientée est un influence ciblée sur un ou quelques individus précis. C’est une action volontaire sur ou contre la pensée et la raison, l’affectivité ou l’intégrité neuropsychologique de ce ou ces individus. Elle est l'un des enjeux, mais également l’un des moyens de la guerre cognitive.
L’objet de l’influence, en général, est d’abord l’intelligence conçue dans ses dimensions de rationalité, consciente ou inconsciente. Elle peut s’appuyer sur les automatismes de pensée, ses processus explicites ou implicites, rapides ou lents, automatiques ou contrôlés, ascendants ou descendants, parallèles ou séquentiels, globaux ou analytiques selon les grandes descriptions de la psychologie cognitive. Elle utilise pour cela les habitudes, les traits de personnalités, les croyances et convictions, et toutes les dimensions utiles du souhait de conformité sociale, de la psychologie des relations interpersonnelles, des croyances, ou des contraintes psychosociales et cognitives. Elle s’attache également à agir sur l’affectivité, notamment sur le stress, les émotions et la motivation, à provoquer ou entretenir les conflits psychiques, et à exploiter l’écart référentiel au modèle que certains recherchent et d’autres redoutent. Elle peut utiliser tous les ressorts de la fragilité mentale, tant en ce qui concerne la santé psychique que les faiblesses ou autres défauts de personnalité. Enfin, elle s’appuie alors sur des régulations plus profondes qu’imposent à l’esprit les dispositifs biologiques supports de la pensée. Tel est le cas des besoins corporels avec leur expression comportementale, ainsi que l’intégrité structurale comme fonctionnelle des dispositifs cérébraux, endocriniens et plus largement corporels.
L’influence orientée est une influence ciblée, qui s’adresse à tel ou tel individu dont on connaît les caractéristiques. Elle peut en cela être multiforme, avec des dimensions sociales, cognitives, affectives et biologiques. Si elle emprunte souvent les voies de l’argument et de la rationalité biaisés, elle concerne une plus ou moins grande part de la vie intime des individus, avec plus ou moins de conséquences écologiques (hors individu) et vice-versa. Elle revêt une dimension individuelle ou interindividuelle, et d’intégration à l’environnement, notamment technique. Elle peut, dans sa dimension consciente, être source de ressenti négatif, de malheur, de conflits psychiques ou interpersonnels, ou au contraire, de manière moins consciente, de désir d’évitement ou de fuite, ou au contraire de passivité et de soumission non souhaitée. La place du psychologue et celle du médecin sont alors questionnées dans l’élaboration de toute stratégie d’influence adressée à une personne, posant la question de la conformité déontologique et de légalité des techniques utilisées. Guerre cognitive et influence psychologique (Bernard Claverie, Jean-François Trinquecoste): https://www.openscience.fr/Guerre-co...-psychologique
Guerre cognitive et dépendance technologique (Julien Cegarra) [Cet article vise à souligner la forte intrication entre guerre cognitive et des développements technologiques (en premier lieu le smartphone et les réseaux sociaux). Plus précisément, il montre que la dépendance technologique dans les sphères personnelles et professionnelles permet mais également facilite la guerre cognitive. L’article argumente ensuite sur la nécessité qui s’impose aux sociétés démocratiques de mieux questionner les conséquences de cette dépendance technologique.] : https://www.openscience.fr/Guerre-co...-technologique
La guerre cognitive au prisme de la boucle OODA [Observation – Orientation – Décision – Action] (Nicolas Moinet) [Alors que la guerre de l’information va consister à modifier une action de manière limitée, la guerre cognitive va tenter de modeler la cible pour contrôler ses intentions en lui fournissant des grilles de lecture adéquates. La génétique, l’expérience et la culture mise en exergue dans la phase d’orientation de la boucle OODA sont dès lors autant de terrains où il va s’agir d’encercler cognitivement l’adversaire de manière profonde et durable.] : https://www.openscience.fr/La-guerre...la-boucle-OODA
La guerre cognitive de bas niveau : la guerre des cerveaux (Bernard Claverie, Baptiste Prébot) [La guerre cognitive est définie de différentes manières, et les principales approches concernent les phénomènes sociaux, de communication largement collective et partagée, et mobilisent l’attention sur des groupes ou des sociétés cibles. Néanmoins, s’appuyant sur les technologies de la physique de l’information et de l’intelligence artificielle, un volet de ciblage de la guerre cognitive se différencie en abordant l’action sur des niveaux de compétences cognitives du cerveau des victimes dont le fonctionnement est ainsi altéré.] : https://www.openscience.fr/La-guerre...e-des-cerveaux
Guerre cognitive : la mise à profit de l’incommunication (Benoit Le Blanc) [La communication humaine se heurte très souvent à de l’incommunication. Le récepteur n’est pas toujours en phase, ni disponible pour converser, ni même disposé à écouter, et c’est l’incommunication qui s’installe. Mais avec les nouveaux outils techniques dédiés à la communication, il devient possible d’engendrer volontairement des situations d’incommunication. Pour sortir de cette situation, les études sur la communication nous indiquent deux solutions : laisser au récepteur un temps entre son information et sa communication, ou bien proposer à l’émetteur un espace de négociation. Nous voyons là deux pistes à explorer pour contrer des attaques de type « guerre cognitive ».] : https://www.openscience.fr/Guerre-co...ncommunication
(War)gaming : les questions pédagogiques comme enjeu de résilience cognitive (Mylène Hardy) Afin de travailler sur la dimension processuelle de la cognition dans le cadre de la guerre cognitive, il semble intéressant de se pencher sur la résilience cognitive. L’accent est mis dans cette perspective sur la pédagogie pour y préparer, et notamment l’utilisation de jeux sérieux. L’article met en lumière le wargaming vu comme processus de co-construction permettant un recul réflexif des concepteurs tout autant que des joueurs. Au début des années 2000 sont parus en France deux ouvrages précurseurs des questions actuelles autour de la guerre cognitive : La Guerre du sens, du général Loup Francart, publié en 2000 [FRA 00], puis La Guerre cognitive, édité en 2002 [HAR 02]. Loup Francart annonçait une « nouvelle ère stratégique » dans laquelle une réflexion sur les champs psychologiques devait être intégrée à toute vision stratégique. L’enjeu est alors, pour le politique comme pour le décideur ou le gestionnaire de la stratégie, de prendre en compte cette nouvelle réalité des conflits qu‟est la dimension cognitive. Cet article aborde précisément cette nécessité sous l’angle de la résilience cognitive, ou la capacité à résister à l’adversité et à s’adapter aux perturbations cognitives, en interrogeant la dimension du Wargaming vu à la fois comme outil pédagogique et processus de co-construction joueurs/jeu/concepteurs.
Pour aborder la dimension cognitive des conflits, qu‟il appelle « guerre du sens », le général Francart place au centre de sa réflexion le contenu, à travers la dimension sémantique qu’il relie à la dimension psychologique [FRA 00]. Même s’il note bien que « les sciences cognitives portent sur l’ensemble des sciences qui concernent la connaissance et ses processus », lui-même et les éditeurs du premier ouvrage en langue française sur la guerre cognitive [HAR 02] insistent plus sur la connaissance, c’est-à-dire le contenu, que sur les processus de cognition. Alors que la guerre cognitive pourrait être entendue comme une guerre du sens adjointe à une guerre métacognitive, le prisme placé sur le contenu est toujours celui qui prime aujourd’hui, et dans les faits, les analyses ou propositions effectuées portent souvent plus sur ce qui pourrait relever du domaine de la guerre de l’information que des processus cognitifs eux-mêmes. De même, on retrouve dans les textes de l’Alliance atlantique cinq impératifs de développement de la capacité à combattre, comme la sécurité cognitive, la résilience multi-couches (militaire à civile) ou la projection d’influence et de puissance [SWE 21].
Cependant, et même si le concept de guerre cognitive est annoncé par l’OTAN comme devant être présenté en 2024 dans le cadre de ces impératifs, la sécurité cognitive est encore souvent entendue comme la garantie d’un contenu de profondeur suffisante, alors que la guerre cognitive s’attaque aux processus mêmes de la cognition et irait même selon certains auteurs être définie par sa caractéristique technologique : « Le cognitive warfare correspond à l’art d’utiliser les technologies pour altérer la cognition de cibles humaines, le plus souvent à leur insu et à l’insu de ceux qui seraient en charge d‟éviter, minimiser, contrôler les effets recherchés, ou dont un contrôle possible serait dépassé ou trop tardif.[...] La “guerre cognitique”, ou cognitive warfare, est donc une guerre non conventionnelle qui s’appuie notamment sur les outils cyber et dont le but est d’altérer les processus cognitifs d’ennemis, d’exploiter des biais ou des automatismes, mentaux, de provoquer des distorsions des représentations, des altérations de décision ou des inhibitions de l’action, et entraîner des conséquences funestes, tant du point de vue des individus que du collectif. » [CLA 21]. (War)gaming : les questions pédagogiques comme enjeu de résilience cognitive (Mylène Hardy)[Mylène Hardy est spécialiste des sciences de l‟information et de la communication, maître de conférences à l‟Institut National des Langues et Civilisations orientales (INALCO), chercheur de l‟équipe d‟accueil « Pluralité des Langues et des Identités : Didactique, Acquisition, Médiations » (PLIDAM- EA-4514) – Paris.] : https://www.openscience.fr/War-gamin...ence-cognitive
Un design lab. pour la sécurité cognitive (Axel Ducourneau) [Cet article plaide pour le développement pérenne d’un « design lab » sur la sécurité cognitive selon six grands principes : (1) un centrage de l’analyse sur l’acteur, (2) une attitude prospective, (3) une cohérence horizontale et verticale, (4) une agilité dans l’organisation des expérimentations, (5) une rapidité d’exécution et (6) une intégration itérative des résultats dans une perspective de prototypage de solution. Ces six principes combinés soulignent la nécessité pour les opérations cognitives d’être fondées sur une compréhension dynamique de la population ciblée (c’est-à-dire basée sur les concepts et le système de pensée propres aux personnes étudiées), appliquée de manière intégrée et synchronisée dans l’ensemble de « l’organisation » (et de ses partenaires) et dans une temporalité contrainte qui permettent la mise en place d’une stratégie de dissuasion adaptée. ] : https://www.openscience.fr/Un-design...rite-cognitive
[1. la sécurité cognitive, un enjeu de sécurité nationale] D’un point de vue opérationnel, la sécurité cognitive, fait référence aux pratiques, méthodologies et efforts déployés par une nation pour se prémunir des tentatives d’ingénierie sociale – manipulations intentionnelles de la cognition et de la prise de décision, et perturbations de ces dernières par différentes formes d’ingérences étrangères. Les fondements de la guerre cognitive telle qu’elle est développée dans la vision anglo-saxonne prennent racine dans divers courants issus du post-modernisme français, dont la post-vérité. Le terme est plus largement utilisé depuis 2017, notamment aux États-Unis d’Amérique où il désigne « les moyens d’action qu’un État ou un groupe d’influence utilisent pour manipuler les mécanismes spontanés de la cognition d’un ennemi ou de son peuple, pour l’affaiblir, le pénétrer, voire le soumettre ou le détruire » [GOL 17]. Ce concept de guerre cognitive s’ancre à la fois dans une réflexion historique sur l’évolution des doctrines de propagande, désinformation et de manipulation issues de la guerre froide (notamment des mesures actives soviétiques) et celles nées des deux dernières décennies d’affrontements contre-insurrectionnels et hybrides (en « zone grise »), ainsi que dans les travaux portant sur la militarisation des neurosciences. Il s’agit, dans cette acception, d’un champ disciplinaire nouveau, à la fois héritier de la « political warfare », des techniques de soft power, de l’« information warfare », et des « psy-ops », pour favoriser une présentation biaisée d’une réalité le plus souvent orientée à des fins stratégiques.
Ces travaux ont été largement facilités et ont pris une nouvelle dimension avec le développement et la généralisation des technologies numériques [BRO 20], notamment avec l’avènement de la numérisation de l’aide à la décision stratégique, celle de la connaissance des champs opérationnels et l’envahissement des flux massifs de données dans les procédures de C2 (Command and Control) civils comme militaires. Il concerne ainsi tout le champ de l’usage numérique et aborde aujourd’hui des dimensions d’ingérence et de contre-ingérence cybernétiques, d’attrition cognitive des individus comme des populations, et de la nécessaire préparation et défense de ceux qui y seraient soumis. Dans ce contexte, la « sécurité cognitive » est à considérer comme un nouveau champ de recherche opérationnelle à part entière [WAL 17].
La guerre cognitive, constituée en système de controverses socio-technique, se mène au travers d’outils d’influence des organisations humaines interconnectées qui doivent prendre des décisions tactiques, opératives et stratégiques en situation d’incertitude et de rationalité limitée. Une particularité de la guerre cognitive réside dans son caractère multi-échelle (de l’individu aux ensembles sociaux les plus complexes, des citoyens aux décideurs étatiques, etc.) et multiculturel (nations, États, communautés identitaires, réseaux sociaux, etc.) s’immisçant à bas niveau dans toutes les strates des organisations sociales, et rendant son approche à la fois complexe, interdisciplinaire et par nature systémique. La guerre cognitive est basée sur une bonne connaissance des techniques d’ingénierie sociale.
L’ingénierie sociale est une expression générique qui englobe, dans une acceptation non normative, tous les dispositifs d’intervention civile et militaire planifiée, élaborés par des experts, visant à modifier des institutions et/ou des comportements dans des contextes variés. Envisager de modifier des organisations, des politiques publiques, des modes de gouvernance à l’échelle nationale, c’est faire de l’ingénierie sociale. Mais surtout, il s’agit d’observer et de s’adapter aux réactions des acteurs impliqués par ces interventions, en particulier ceux à qui elles sont destinées comme ceux qui doivent les exécuter.
La complexité de la guerre cognitive doit être abordée selon l’approche itérative du design thinking qui est pertinente pour explorer un large champ des possibles en utilisant trois axes : (1) créativité, (2) intelligence collective et (3) outils cognitifs, adaptés pour favoriser l’émergence dialectique (confrontation de la créativité avec le sens critique et la réflexivité). Il s’agit plus précisément de créer un environnement interdisciplinaire, exclusivement dédié à une approche opérationnelle, multi-sectorielle, multi-domaine et inter-ministérielle de la guerre cognitive, pour mettre en oeuvre une dissuasion propre au domaine cognitif, voire adopter une politique publique adaptée. [Axel Ducourneau est docteur en anthropologie, spécialiste de l’ingénierie sociale et officier supérieur de l’Armée de l’Air et de l’Espace au sein de la cellule “Anticipation Stratégique etOrientations” de l’État-major des armées françaises.] Un design lab. pour la sécurité cognitive : https:// www.openscience.fr/Un-design-lab-pour-la-securite-cognitive
De l’analyse d’audience au microciblage : outil comportemental pour la guerre cognitive. (Julien Debidour, Paul Pelletier) Dans une ère où la technologie et les données définissent l’expérience quotidienne, le microciblage comportemental émerge comme une stratégie clé dans la formation des perceptions individuelles et collectives. L’analyse de l’audience joue un rôle central, permettant de comprendre les motivations et les attitudes des groupes cibles, tandis que le data mining et l’intelligence artificielle renforcent la précision du ciblage par son automatisation et son adaptation en temps réel. En combinant ces techniques, les actions d’influences trouvent une amplitude nouvelle dans leur réalisation pratique. [Julien Debidour est ingénieur en formation à l’École Nationale Supérieure de Cognitique –Bordeaux, stagiaire du centre de recherche CR-451 de l’École de Guerre Économique (EGE) – Paris. Paul Pelletier est président de l’entreprise de défense Per Se Systems, spécialiste en guerre de l’information, chercheur associé au centre de recherche CR451 de l’École de Guerre Économique (EGE) – Paris.] : https://www.openscience.fr/De-l-anal...pour-la-guerre
Classification des Systèmes Cobotiques (Jean-Marc Salotti, Eric Ferreri, Olivier Ly, David Daney) [La classification des systèmes cobotiques est difficile car il existe de nombreux critères pour décrire la collaboration homme robot. Après état de l’art et définition des termes, nous proposons d’étudier les flux d’informations entre le cobot, au sens le plus large du terme, l’humain, l’environnement, et l’interface afin de caractériser les différents types de collaboration. La représentation sous la forme d’un schème de l’interaction s’avère riche et pertinente. Dix exemples sont analysés et discutés. Plusieurs schèmes présentent des caractéristiques discriminantes qui permettent de qualifier les systèmes cobotiques. On distingue ainsi le système symbiotique, avec un échange constant d’informations et un partage efficace de la tâche, l’humain augmenté, la sous-traitance, l’assistance à l’effort et l’assistance intelligente.] : https://www.openscience.fr/Classific...mes-Cobotiques
Influence des réseaux sociaux sur la résilience cognitive des jeunes – impact sur les combattants (Paul Janin) La recherche sur le comportement peine à objectiver l’influence générale des réseaux sociaux, et donc son impact sur les combattants. Cependant, le fonctionnement des trois plus consultés d’entre eux reposant sur la manipulation du cerveau de l’utilisateur à son insu, il paraît opportun de poursuivre les recherches plus avant, afin de mieux comprendre les mécanismes, et de mieux identifier les dangers potentiels. Trop souvent associés à un danger pour les adolescents, les réseaux sociaux cherchent à influer de manière implicite aussi bien qu’explicite sur les comportements de tous leurs utilisateurs. Cet article invite à prendre conscience de la dangerosité potentielle des réseaux sociaux et de la nécessité d’apprendre à se protéger. [Paul Janin est militaire, officier supérieur de l’Armée de terre française, stagiaire de la 137e promotion de l’École de guerre - Terre à l’École militaire – Paris.] : https://www.openscience.fr/Influence...nes-impact-sur
[Ingénierie et systèmes] Postface : voir la guerre cognitive ? (Christian Harbulot, Mylène Hardy, Nicolas Moinet) [En conclusion de ce numéro spécial sur la guerre cognitive se pose la question de sa réelle perceptibilité, de ce qu’il en est des cas de « faux positifs », et des carences affectant l’étude de cet objet de recherche. Plusieurs pistes de réflexion se dessinent.] Les articles parus dans ce numéro abordent certains aspects de la guerre cognitive. D’autres angles d’approche eussent été possibles et sont étudiés dans la littérature sur le sujet. Néanmoins, une question commune se dégage à partir des différentes lectures. Si la guerre cognitive se conduit à bas bruit, il est légitime de se demander si, en tant que chercheur ou praticien de la sphère civile, l’on peut réellement « voir » la guerre cognitive, telle qu’elle serait, implicitement dans sa dénomination, conduite par des États ? Que peut-on voir de la guerre cognitive ? Ou encore, plutôt, qui peut voir quoi de la guerre cognitive ?
Cette postface permet d’ouvrir une discussion sur ces questions, qui feront l’objet des recherches du consortium des auteurs réunis et constituant le groupe CIVIL.
[1. Dissimulation] Si cacher ses intentions a toujours été au cœur de la stratégie militaire, on peut se demander si leconcept même de guerre cognitive ne reflète pas l’acmé des pensées et pratiques autour de la dissimulation. Les nouvelles modalités des conflits contemporains obligent, de fait, à penser l’imprévisibilité comme un « facteur de supériorité opérationnelle », comme le suggérait un colloque,en 2021, organisé par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement (CDEC), organismeréférent de la doctrine d’emploi de l’armée de Terre française [WEB 01]. Se pose plus fortement qu’avant la question du « paradoxe de la surprise et de la transparence » [FAU 23]. La surprise, effet venant d’une intention, s’ajouterait à l’incertitude, telle que générée par la dynamique du système : « S’ajoutant à l’incertitude propre à toute activité complexe, le problème de la surprise est ici considéré comme étant spécifique au domaine stratégique. (...) L’existence d’un adversaire intelligent et réactif, dont les buts, intentions et capacités ne sont qu’imparfaitement connus, est ce qui fonde la spécificité du domaine stratégique et qui rend toute action difficile. Surprendre l’adversaire revient ainsi à neutraliser temporairement sa capacité de réaction, et donc à lever une large part des difficultés inhérentes au temps deguerre. Pour une durée variable, celui-ci est incapable d’appréhender la réalité de sasituation ou les changements en cours dans son environnement, il ne dispose plus des moyens intellectuels ou physiques d’imposer son plan à l’autre et n’est donc plus à même d’exercer sa volonté » [BRU 14].
Dans le domaine psychologique, la dissimulation des intentions et des mécanismes empêche le système cognitif des personnes ciblées de procéder, par métacognition, de niveau du « système 2 » [KAH 11], et permet qu’il ne puisse se défaire de l’emprise émotionnelle immédiate [CLA 24].
[Ingénierie et systèmes] Postface : voir la guerre cognitive ? (Christian Harbulot, Mylène Hardy, Nicolas Moinet) : https://www.openscience.fr/Postface-...erre-cognitive
Central Pattern Generators (CPG) biomimétiques en temps-réel sur FPGA pour des expérimentations biohybrides (Matthieu Ambroise, Sébastien Joucla, Blaise Yvert, Sylvain Saïghi, Timothée Levi) [L’hybridation est une technique qui consiste à interconnecter un réseau de neurones biologiques et un réseau de neurones artificiels. Elle est notamment utilisée dans la recherche en neuroscience et à des fins thérapeutiques. L’objectif à long-terme est de remplacer les réseaux de neurones endommagés par des systèmes artificiels. Ceux-ci requièrent le développement de modèles de neurones dont l’activité électrique est similaire à l’activité des réseaux biologiques vivants. Cette correspondance permet de produire une stimulation adéquate afin de restaurer la fonction neurale désirée. Dans cet article, un réseau de neurones artificiels numériques avec une architecture configurable a été réalisé. Le réseau de neurones artificiels permet d’émuler l’activité de CPGs (Central Pattern Generator), à l’origine de la locomotion chez les animaux. Cette activité permet de déclencher une série de stimulations sur une moelle épinière lésée et de recréer ainsi la locomotion précédemment perdue. Ces résultats sont une première étape vers des solutions hybrides artificiel / biologique basées sur la micro-stimulation électrique pour la restauration de fonctions du Système Nerveux Central (SNC). ]: https://www.openscience.fr/Central-P...-FPGA-pour-des
Une nouvelle ère de l’informatique (Olivier Hess, Jean-Michel Torres, Xavier Vasques) [De l'émergence de la Mécanique Quantique au développement d'une "Théorie de l'information Quantique" ]: https://www.openscience.fr/Une-nouve...l-informatique
Les opérations d’influence psychologiques russes et la Maskirovka comme état d’esprit (Bernard Claverie) [La maskirovka est une ancienne méthode de masquage et d’enfumage pour dissimuler les actions militaires soviétiques. C’est aujourd’hui une véritable doctrine d’action qui s’impose à toutes les dimensions de l’État russe, constituant une véritable culture de la manipulation de l’information, de l’influence au service du secret de l’action militaire, politique et diplomatique, ciblant à la fois les ennemis institutionnels et les individus opposés au pouvoir russe. ]: https://www.openscience.fr/Les-opera...a-comme-etat-d
La guerre cognitive au coeur de la stratégie chinoise de socialisation (Tanguy Struye de Swielande, Kimberly Orinx, Simon Peiffer) : https://www.openscience.fr/La-guerre...-socialisation
Comme le reconnaît le neuroscientifique Giordano, « le cerveau humain est devenu le champ de bataille du XXIe siècle » [GIO 11]. Les campagnes de désinformation sont devenues de véritables armes de déstabilisation massive, affaiblissant le bon fonctionnement des sociétés. D'autres définitions existent. Par exemple, Backes et Swab la décrivent comme « une stratégie qui vise à modifier la façon de penser d'une population cible - et par là même sa façon d'agir » ([BAC 19] cités par [LES 22]). Hung et Hung définissent la guerre cognitive comme « les activités entreprises pour manipuler les stimuli environnementaux afin de contrôler les états mentaux et les comportements des ennemis » [HUN 20]. Elle se distingue donc du concept de guerre de l'information en ce que cette dernière vise à contrôler le flux d'informations produit par les moyens de communication de masse, tandis que la première cherche à modifier la cognition des individus et donc leur prise de décision en fonction des intérêts de l'adversaire, en utilisant notamment les technologies de l‟information [CLA 22] mais aussi en s'étendant à l'instrumentalisation de technologies agissant directement sur l'espace neuronal telles que les interfaces cerveau-ordinateur. Les cibles sont la population/société dans son ensemble, mais aussi des individus et des groupes particuliers (élites politiques, universitaires, groupes religieux...) par le biais du microciblage [DEB 24].
Typologies de guerres et conflictualités : introduction aux doctrines et perceptions vietnamiennes (Jean-Philippe Eglinger) Le concept de « guerre cognitive » (dans son acception « occidentale ») n’est apparu que récemment au Vietnam. Travailler sur le champ sémantique de ce concept (comme d’autres récemment empruntés) permet d’en comprendre le cheminement et la perception que peuvent en avoir les autorités vietnamiennes. Pourtant, au-delà de cette étude sémantique, il est nécessaire de s’intéresser et de comprendre les traditions militaires vietnamiennes, notamment la guerre révolutionnaire, pour voir comment elles peuvent constituer un terreau favorable à « l’absorption » rapide de ce concept « importé » et permettre sa réutilisation sous une forme « vietnamisée » soit dans un cadre militaire ou civil au service de l’influence de ce pays. : https://www.openscience.fr/Typologie...x-doctrines-et
La guerre cognitive vue par le Japon : un concept et une posture récents et situés (Thomas Fassler, Mylène Hardy) Le Japon a récemment modifié sa posture de défense et a développé une architecture de défense propre au pays incluant des éléments de guerre cognitive. L’article étudie les publications du gouvernement japonais pour analyser la manière dont le pays conceptualise la guerre cognitive en lien avec son environnement sécuritaire et se positionne comme acteur de la guerre cognitive à travers une posture de défense active. Certains points saillants de la réflexion japonaise sont étudiés, comme l’utilisation des narratifs ou l’accent mis sur la technologie pour « défendre [la] nation en tout temps ». : https://www.openscience.fr/La-guerre...ure-recents-et
Vol 9 - Numéro 1. Ingénierie cognitique : https://www.openscience.fr/Numero-1-900
L’importance de la guerre cognitive dans les rapports de force internationaux (Christian Harbulot) [La guerre cognitive est un usage offensif de la rhétorique, fondé sur des informations sourcées, pour cadrer la légitimité d’une intervention ou la contester. La guerre cognitive est un sous-champ de la guerre de l’information : un usage offensif de la rhétorique et de la connaissance, distinct de la désinformation. Deux priorités s’imposent alors : construire une mémoire des confrontations cognitives et formaliser des stratégies offensives et défensives. ] : https://www.openscience.fr/L-importa...internationaux
Cognitive Warfare Index : état des lieux bibliographique du champ de la Guerre Cognitive (Baptiste Prébot) [Ce document présente une analyse bibliométrique d’un corpus de 187 sources bibliographiques récentes dédiées à la guerre cognitive. En appliquant une classification sémantique automatisée basée sur le cadre analytique de Hoffman, on a identifié des tendances structurantes du domaine de publication. Les résultats montrent une prédominance marquée de l’approche informationnelle (44,9 %) sur les aspects neuroscientifiques (14,4 %), tout en révélant une émergence des stratégies de résilience (14,4 %) sur les dernières années. Ces données suggèrent que le domaine conceptuel de la guerre cognitive est en phase de transition doctrinale, passant de la théorie à l’opérationnalisation défensive, permise en partie par la réduction de la complexité du problème, à une dimension principalement informationnelle.] : https://www.openscience.fr/Cognitive...p-de-la-Guerre
La dissimulation dans la guerre cognitive : entre saturation, invisibilisation stratégique et ruse systémique (Arnaud de Morgny) [La guerre cognitive se caractérise par une volonté de modeler la pensée de l’adversaire en agissant sur ses représentations mentales. Dans ce contexte, la dissimulation ne constitue pas un simple outil annexe, mais bien une modalité structurante de l’action cognitive. En intervenant à chaque étape de la chaîne cognitive - de la donnée à la connaissance - elle permet à l’agresseur de rester invisible tout en influençant durablement les processus mentaux de la cible. Cet article explore les différents mécanismes de dissimulation cognitive, en s’appuyant sur une approche systémique : saturation informationnelle, invisibilisation du stratège, usage de tiers médiateurs, ruses inspirées de la mètis grecque ou doctrines contemporaines comme la maskirovka. L’étude propose une modélisation des effets de la dissimulation sur la perception et l’action stratégique, et en souligne les implications éthiques, doctrinales et politiques. ] : https://www.openscience.fr/La-dissim...visibilisation
Nicolas Spatola : [Guerre Cognitive] En essayant de faire le tri des méthodes et techniques de la guerre cognitive, j'ai l'impression que l'on touche finalement a peu ou prou tout ce qui constitue l'ecosystème d'acquisition et de traitement de l'information humain mais approché de manière interdisciplinaire.
Pour exemple, les sciences cognitives et la neuropsychologie permettent de comprendre et d'exploiter les mécanismes intimes du cerveau, tels que la perception, la mémoire, le raisonnement et les heuristiques cognitifs.
La psychologie est utilisée pour influencer les émotions, les croyances et les comportements à l'échelle des groupes ou des sociétés entières.
Les technologies de l'information et le numérique servent de conduit principal pour diffuser des signaux de manière pervasive et persistante.
L'anthropologie et la sociologie aident à identifier les vulnérabilités culturelles et les lignes de fracture sociétales d'un adversaire pour mieux les exploiter
Ensuite on transcrit cela en méthode comme par exemple :
L'utilisation de récits stratégiques qui vise à imposer une vision de la réalité, à détruire l'identité nationale ou à miner la confiance dans les institutions.
La diffusion de fausses nouvelles ou de vérités détournées sert à créer de la confusion, de la polarisation et de l'incertitude.
L'ingénierie sociale massive qui combine les techniques de hacking (comme le spearphishing) avec la manipulation psychologique pour infiltrer les cercles de décision ou manipuler l'opinion publique.
Ou tout ce qui touche aux interventions comportementales ou d'amorçage qui visent à influencer les décisions de manière inconsciente en modifiant subtilement l'environnement d'information.
Et donc pour aller plus loin dans la transdisciplinarité on va aller toucher l'ingénierie et les technologies et infrastructures numériques. On trouve évidemment l'Intelligence Artificielle (IA) et le Big Data qui permettent de collecter massivement des données personnelles pour réaliser un micro-ciblage comportemental ultra-précis, adaptant les messages à la psychologie de chaque individu. Nous sommes accoutumés aux deepfakes et autres média synthétiques qui nous fond poser la question "c'est vrai ça ?" rendant la distinction entre le vrai et le faux extrêmement coûteuse en énergie mentale. Il me semble qu'on peut ajouter les algorithmes de recommandation sur les réseaux sociaux. Et plus prospectif, mais c'est le côté cyberpunk, les neurotechnologies et interfaces cerveau-ordinateur (BCI). Dans l'idée ce sont toutes les ébauches de technologies qui visent à capter directement l'activité cérébrale ou à influencer le système nerveux par des ondes électromagnétiques ou des implants. In fine, la guerre cognitive est particulièrement destructrice car elle vise à altérer ou détruire les capacités cognitives et à entraîner des répercussions potentiellement irréversibles sur le fonctionnement du cerveau. Nicolas Spatola : [Guerre Cognitive] : https://fr.linkedin.com/posts/nicola...419666432-oBH1
[PDF] Cognitive Warfare'' – Une guerre invisible qui s'attaque à notre pensée (Bernard Claverie): https://hal.science/hal-04586061v1/document
La guerre cognitive : agir sur le cerveau de l'adversaire - David Pappalardo [La guerre cognitive par l’exploitation des fonctions concurrentes du cerveau.] La cognition recouvre l’ensemble des mécanismes combinant raisonnement, émotions et expériences sensorielles qui permettent de comprendre le monde réel pour y agir. Elle est à la base de sa représentation et de la conduite de l’action dans ce monde, en fonction de son anticipation. Elle est donc un élément majeur du processus de « prise de décision », au cours duquel notre cerveau met en concurrence des fonctions différentes : nos heuristiques intuitives (mobilisables rapidement, mais où se logent nos biais) et nos stratégies logiques (plus lentes et coûteuses en énergie), sans qu’il y ait une hiérarchie entre les deux (chacune s’appliquant à des situations différentes). Il s’agit là de ce que le psychologue Daniel Kahneman appelle respectivement le système 1 (heuristique) et le système 2 (raisonnement) dans son livre Thinking, Fast and slow. Toute prise de décision nécessite un arbitrage entre ces fonctions concurrentes, pouvant nécessiter l’inhibition de nos intuitions pour ne pas devenir la proie de nos biais. Olivier Houdé qualifie ce mécanisme d’inhibition et de contrôle exécutif de notre cerveau de système 3 : c’est lui qui permet la vicariance dans les circuits de l’intelligence, conçue alors comme « une capacité d’adaptation entre l’attention et l’inhibition ».
La conflictualité dans le champ cognitif vise ainsi à exploiter ces fonctions concurrentes et la rationalité limitée des différents acteurs (biais cognitifs) à des fins stratégiques afin de provoquer des distorsions des représentations, altérer la décision et ainsi faire dévier la manœuvre stratégique la mieux planifiée. Les effets recherchés ne se limitent ainsi pas au contrôle de l’information, mais bien au contrôle de la fonction exécutive et d’arbitrage de notre cerveau lui-même. En ce sens, le cadre dépasse le seul champ de la lutte informationnelle : agir sur l’information, c’est uniquement agir sur la donnée qui nourrit la cognition. Or, l’objectif est ici d’agir non seulement sur ce que pensent les individus, mais aussi sur la façon dont ils pensent, conditionnant par là même la manière dont ils agissent. : https://lerubicon.org/la-guerre-cognitive/



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